À PROPOS

PHILIPPE STARCK BIOGRAPHIE par JONATHAN WINGFIELD

Introduction

 « Subversif, éthique, visionnaire, politique, humoristique, poétique : voilà l’idée que je me fais de mon devoir de créateur. » Philippe Starck

Un parcours riche de 10 000 créations – réalisées ou encore à venir –, une notoriété globale et une infatigable inventivité protéiforme ne doivent pas faire oublier l’essentiel, Philippe Starck a une mission, une vision: que la création, quelle que soit la forme qu’elle prenne, rende la vie meilleure pour le plus grand nombre. Ce devoir éminemment politique et poétique, rebelle et bienveillant, pragmatique et subversif, Starck estime qu’il devrait être partagé par tous et le résume avec l’humour qui accompagne sa démarche depuis ses débuts: « Personne n’est obligé d’être un génie, mais chacun est obligé de participer. »

Aux yeux de cet accompli citoyen du monde, partager sa vision éthique et humaniste d’une planète plus égalitaire est un devoir, si ce n’est un impératif moral, qui donne naissance à des projets non conventionnels, porteurs de surprises fertiles. On devine sans peine sa ligne de conduite : un objet doit être bon, avant que d’être beau.

Sa vigilance précoce pour les implications écologiques, sa compréhension profonde des mutations contemporaines, son enthousiasme à imaginer de nouveaux modes de vie, sa détermination à changer le monde, son engagement pour une décroissance positive, son amour des idées, son souci de défendre l’intelligence de l’utile – et l’utilité de l’intelligence – l’ont transporté de création iconique en création iconique. Des produits de notre quotidien tels des meubles ou un presse-citron en passant par des méga-yachts révolutionnaires, des hôtels aspirant à être des lieux stimulants, fantasmagoriques et intensément vivants, jusqu’aux miracles technologiques que sont l’éolienne individuelle et la voiture électrique, il n’a cessé de repousser les limites et les critères du design contemporain.

C’est en véritable visionnaire qu’il met cet art de l’innovation au service d’un design et d’une écologie démocratique, tournés vers l’action et respectueux du double héritage humain et naturel, que ce soit avec la corbeille de recyclage Elise, la Zartan - première chaise rotomoulée entièrement recyclée. Les maisons P.A.T.H. – habitats préfabriqués de haute technologie - modulables et d’un prix accessible, sont venues récemment attester de la pérennité de cette démarche – initiée en 1994, avec la maison préfabriquée proposée par le catalogue des 3 Suisses.

Anticipant les phénomènes de convergence et de dématérialisation qui s’annoncent, Philippe Starck vise le cœur, souligne l’essentiel, extrait le minimum structurel de chaque objet, afin d’offrir les créations et les propositions les plus proches de l’Homme et de la Nature, les mieux adaptées à l’avenir.

En témoignent le Méga-Yacht A, symbole de l’élégance du minimum, ou encore les casques Zik de Parrot. Ses rêves se font solutions si vitales, si essentielles, qu’il a été le premier Français invité à participer aux fameuses conférences TED (Technology, Entertainement & Design) Talks rejoignant des intervenants renommés, tels Bill Clinton ou encore Richard Branson.

Inventeur, créateur, architecte, designer, directeur artistique, Philippe Starck est tout cela, mais surtout un honnête homme dans la pure lignée des artistes de la Renaissance.

L’enfance De L’art

 « Mon père était ingénieur aéronautique. Pour moi ce fut comme une obligation à l’invention. » Philippe Starck

Philippe Starck naît en 1949. De son enfance passée sous les tables à dessin de son père, ingénieur aéronautique et constructeur d’avions, il retient une leçon primordiale : tout doit s’organiser de manière élégante et rigoureuse, tant dans les rapports humains que dans la finalisation de la vision qui préside à tout geste créatif. Convaincu que c’est précisément cette philosophie qui permet que la création soit profitable à tous, il œuvre avec entrain à faire bien, dans le moindre détail.

Des années plus tard, a-t-il vraiment quitté son premier bureau improvisé ? A l’en croire, pas tout à fait : « Finalement, ce sont des jeux d’enfants, des jeux d’imagination, sauf que grâce aux talents divers et surtout à ceux de l’ingénieur, quelque chose se réalise. Je suis un gamin rêveur, avec la légèreté et la gravité des enfants. J’en assume la rébellion, la subversion, l’humour. » Il complète cet aveu d’une boutade : « Il n’y a pas de travail dans ma vie! Il n’y a que du jeu, de la curiosité, de la générosité, de la vision. »

Etudiant, peu assidu, à l’Ecole Nissim de Camondo à Paris, Starck conçoit dès 1969 une structure gonflable, amorce d’une réflexion sur la matérialité, et témoigne déjà de son intérêt pour les lieux de vie : révélation qui lui vaudra son premier succès lors du Salon de l’Enfance. Peu de temps après, Pierre Cardin, séduit par son design iconoclaste, lui propose le poste de Directeur Artistique de sa maison d’édition.

Quelques objets emblématiques plus tard, dont une lampe volante et un néon portatif, ce rêveur intrépide imagine en 1976 le décor audacieux de la boite de nuit La Main Bleue à Montreuil et démontre ainsi qu’il n’y a pas de lieu moins respectable qu’un autre sous prétexte qu’il serait excentré. Il signera ensuite le mythique club parisien Les Bains Douches et le Starck Club à Dallas.

Parallèlement, il fonde sa première société de design industriel, Starck Product, qu’il rebaptisera Ubik en référence au célèbre roman de Philip K. Dick, et entame ses collaborations avec les grands éditeurs italiens – Driade, Alessi, Kartell – et internationaux – les Autrichiens de Drimmer, le Suisse Vitra, ou l’Espagnol Disform, parmi tant d’autres.

En 1983, le grand public continue de découvrir Philippe Starck lorsque le Président François Mitterrand, sur la recommandation de Jack Lang, Ministre de la Culture, choisit son projet pour la décoration des appartements privés de l’Elysée, symbolisant ainsi la reconnaissance du design par les institutions. Dès l’année suivante, sa renommée internationale se confirme avec le Café Costes – qui réinvente les codes du café parisien au point de devenir le café par excellence : un lieu nouveau, fonctionnel et élégant qui contient toute l’essence de l’architecture Starck en concourant à favoriser la naissance et l’épanouissement d’une communauté.

Une Approche Éthique De L’espace

« S’il n’y a pas de vision, humaine, sociale ou amoureuse, un projet n’a pas de légitimité à exister. » Philippe Starck

L’émergence d’un nouvel espace, restaurant, bar, hôtel, est toujours l’occasion pour Philippe Starck de s’interroger en profondeur sur le sens de la création : le sens d’un espace au sein de son environnement, le sens d’un lieu pour les tribus sentimentales qui le peupleront, le sens d’un projet, quelle que soit son ampleur, au sein de l’évolution humaine. La création ne peut être vaine ou gratuite. Elle implique en amont une conscience de ses implications pour l’Homme et son environnement et une responsabilité envers le futur. « Mériter d’exister fait partie de l’idée du travail [...] Chacun doit apporter quelque chose – si ce n’est une montagne, alors un rocher, un caillou, un grain de sable » résume Philippe Starck. Cette approche modeste est pourtant marquée par l’ambition du rêveur qui croit fermement à la possibilité d’apporter des solutions aux problématiques contemporaines. Mais ses solutions, Philippe Starck refuse de les imposer. Elles se déploient telles des histoires qui s’offrent à la libre écoute : « Mon travail est celui d’un réalisateur de film. Il consiste à raconter des histoires et à offrir aux publics l’idée la plus complète de l’esprit des lieux qu’ils visitent. Les espaces publics sont avant tout des émotions et des expériences. » Car au cœur de tous les projets de Starck, c’est bien l’attachement à l’humain qui prédomine et la volonté de susciter par la création d’espaces l’expérience d’émotions puissantes de s’assurer que chacun trouve en entrant dans ces lieux ce qu’il y attendait, et même plus : « Un endroit parce qu'il fait trop froid dehors, parce qu'ils ont faim, parce qu'ils ont soif, parce qu'ils veulent s'amuser. » 

Architecture Extérieure Et Espaces De Vie

Bien qu’il ne se considère pas plus architecte que designer, Philippe Starck conçoit au Japon, au début des années 80, plusieurs immeubles aux formes jusqu’alors inédites. Le premier, à Tokyo, Nani Nani, achevé en 1989, frappe par sa singularité : un bâtiment anthropomorphique impressionnant, recouvert d’un matériau vivant qui évolue avec le temps. Apparaît alors une conviction forte : la création doit investir un environnement, certes, mais sans le bouleverser, en s’y associant plutôt, dans le plus grand respect du contexte. Son architecture, à l’image de son travail, est viscéralement et explicitement éthique et humaniste.

Un an plus tard, il confirme son statut de chef de file d’une architecture avant-gardiste avec l’Asahi Beer Hall à Tokyo, puis Le Baron Vert en 1992, un ensemble de bureaux à Osaka. Précurseur d’une démarche impressionniste, il réalise des bâtiments qui, même voués au travail, se réclament de la vie, de son ébullition permanente. En France il signe la Tour de contrôle de l’aéroport de Bordeaux (1997) et l’extension de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris (1998). Jean-Paul Gaultier lui confie son imaginaire afin qu’il le transcende dans ses boutiques de Paris, Londres et New York.

Avec le projet immobilier Yoo, initié à Londres en 2001 avec le magnat de l’immobilier John Hitchcox, Philippe Starck casse les conventions du logement « de signatures » en proposant des appartements aux configurations modernes en adéquation avec les attentes des membres de sa tribu sentimentale. Parfait aboutissement d’une vie de recherches et de visions, Yoo est aujourd’hui fort de plus de 50 projets répartis sur 27 pays – de l’Asie à l’Australie en passant par l’Amérique, l’Europe et le Moyen-Orient – et de nouvelles constructions annoncées récemment en Equateur et au Mexique.

En 2007, Philippe Starck signe l’architecture intérieure et la décoration de l’hôtel Faena à Rio de Janeiro ainsi que l’architecture extérieure et intérieure du Fasano, un immeuble de 8 étages face à la mer. Cet hôtel est un hommage discret, humble et sincère aux designers brésiliens des années 50 et 60, si novateurs dans leur approche de l’environnement. Par l’utilisation élégante du bois, du verre et du marbre, Starck parvient à retranscrire l’esprit sophistiqué et décontracté de la ville au sein d’un lieu magique offrant un panorama sublime sur la mer.

Philippe Starck fait également preuve d’un attachement sincère aux lieux publics où il souhaite que s’établisse une communauté humaine déterminée à œuvrer pour le changement. « Je suis porté par un sujet majeur : l’aventure de notre espèce humaine dont le plus beau symptôme de son intelligence est la créativité. » Il est temps de se rappeler que le bien vivre ensemble se dit aussi vivre en bonne intelligence. C’est nourri de cette pensée qu’il réalise en 2010, à Bilbao, l’Alhondiga, un centre culturel de près de 30 000 mètres carrés. « Ce projet renferme la cristallisation de la vie », explique le créateur. Nous avons préservé la façade 1909, tout comme les murs d’une dizaine de mètres d’épaisseur. Et c’est précisément dans ces murs que l’histoire du bâtiment se déroule. Peu d’espaces ne proposent autant d’activités au même endroit : on peut y travailler, manger, boire, voir une exposition, faire du sport ou lire. J’aime cette idée de communion, d’entremêlement des activités, tout en restant très pratique. Tout cela procure des moments magiques surprenants parce que c’est une expérience encore inédite. Les passants peuvent observer tout cela à travers les vitres : je m'attache à mettre la vie à portée de vue. »

2010 a également été une date clé dans l’univers des aventuriers des mers, car cet amoureux fou des bateaux – « Je ne peux pas vivre sans la mer », résume-t-il lui-même – a révélé le Port Adriano, à Majorque. Il y propose un nouvel urbanisme, brouillant les frontières entre le port et les bateaux, entre la mer et la terre. Par la création d’un parking souterrain, la beauté du site se voit ainsi préservée alors que les accès aux espaces sont facilités. Il poursuit ainsi sa réflexion sur l’invisibilité et la dématérialisation : « L’architecture est presque invisible, explique-t-il, elle ne se remarque que dans un deuxième temps. » Et parce qu’il place définitivement l’humain et la nature au centre, le projet de Philippe Starck se fait également respectueux des normes environnementales, privilégiant la réduction des émissions de CO2. Lucide sur notre société, il perpétue ainsi à travers ce projet une vision responsable de la création : « Nous sommes prisonniers d’une société "Kleenex". La seule manière de nous en sortir est de créer un design durable », affirme-t-il à cette occasion.

A l’entrée du marché aux puces de Saint Ouen, à la place d'un vieux bâtiment, se dresse depuis 2012 une grande bâtisse de briques, de béton banché et de zinc. Par l’architecture extérieure du restaurant Ma Cocotte, Philippe Starck rend hommage et fait perdurer le caractère de ce lieu typique et de ses habitants, celui d’un royaume de marchands et de cultures qui le fascine depuis toujours par sa vie bouillonnante et sa simplicité, une vie qu’il s’est attaché à reproduire à travers un lieu confortable et accueillant.

Cette vision architecturale honnête, privilégiant la vie à toute forme de démonstration gratuite, se déclinera tout naturellement au fil des prochaines années. Le Nuage qui a vu le jour en 2014 à Montpellier, s’est imposé comme un lieu poétique, un village verticale propice à la vie sociale de toutes les tribus, autour d’activités culturelles, sportives et de détente. Enveloppé d’une membrane transparente en polymère dite ETFE, il est le premier bâtiment privé gonflable réalisé en Europe.

Avec le projet P.A.T.H. (Prefabricated Accessible Technological Homes), disponible depuis octobre 2014, Philippe Starck propose cette fois-ci une nouvelle approche de la maison individuelle préfabriquée de haute technologie et destinée au plus grand nombre.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’hôpital Matarazzo à Sao Paolo est l’un des rares monuments historiques de la ville à avoir été préservé. Eclectique, bouillonnant, traversé d’énergies vivaces, il connaîtra, dès 2016, une nouvelle vie culturelle et polymorphe. Il accueillera un hôtel, des salles d’exposition, de théâtres et de cinémas, pour se métamorphoser en un épicentre incontournable de la créativité. L’ensemble architectural a été restauré dans le respect de son héritage historique. Il sera entouré d’un parc avec des échoppes dédiées à des artisans d’art. Ce projet marque la profonde croyance de Philippe Starck au pouvoir de réhabilitation d’un espace par la culture et sa volonté soutenue de créer des lieux améliorant le « vivre ensemble ».

Les origines du domaine viticole du Château des Carmes Haut-Brion remontent au XVIème siècle : si son prestige est intemporel, son nouveau propriétaire, le Groupe Pichet a souhaité le projeter vers la modernité. Ainsi, 2016 verra l’inauguration de son nouveau chai, conçu par Philippe Starck comme une lame brute, minimale, élégante, intégrée dans son environnement, incarnant tout naturellement “l’évocation, l’intuition, et le reflet” d’une grande maison du vin.

Cette démarche éthique, pour tous, le créateur l’exprime de manière globale, de l’architecture d’immeubles à celle d’espaces publics, du mobilier urbain modulaire multifonctionnel (pour JC Decaux) réalisé en symbiose absolue avec son contexte, humain ou topographique, jusqu’à ses nombreux projets d’intérieurs, de la restauration à l’hôtellerie.

Hôtels

Depuis ses premières réalisations, Philippe Starck n’a eu de cesse de révolutionner les codes de l’hôtellerie. Dès les années 1980, il marque le monde de l’hôtellerie de son empreinte en faisant de ces années celles d’une révolution flamboyante : avec Ian Schrager, Starck propose un nouvel imaginaire et de nouveaux codes avec le Royalton à New York. L’expérience se poursuit avec le Delano à Miami en 1995 et se décline à Los Angeles, avec le Mondrian puis Londres avec le Saint Martin’s Lane en 1999 et le Sanderson en 2000, à New York avec l’hôtel Hudson (1999) et à San Francisco avec la conception du Clift (2001).

Si la plupart de ces hôtels ont emprunté d’autres chemins (Royalton, Mondrian, Delano, Sanderson et St Martins), Philippe Starck n’en a pas moins marqué avec ces créations originales l’approche de l’hôtellerie : chaque projet se fait ainsi lieu créateur d’émotions et d’expériences. Les hôtels ne sont plus des lieux de passage impersonnels mais des espaces de vie où sont distillés des signes amicaux plein d’humour et de surprises fertiles. Ils se transforment sous l’impulsion de Philippe Starck en théâtre où chacun est acteur de son destin. En 2005, l’hôtel Faena de Buenos Aires, ouvert l’année précédente, reçoit d’ailleurs du magazine Wallpaper* le prix du meilleur hôtel de l’année, et le Condé Nast Traveller le distingue pour son ambiance et son design.

Les années 2000 donne lieu à une autre révolution hôtelière : avec le SLS Beverly Hills (2007), Starck signe son premier véritable hôtel resort en Amérique du Nord. Doté d'un concept unique à double entrée où l'une est dédiée exclusivement aux clients de l'hôtel, tandis que l'autre se révèle comme une place de village, appelée le Bazaar, ouverte au public. « Les gens savent qu’en s’y arrêtant, il y aura toujours quelque chose à découvrir, quelqu’un à rencontrer, c’est comme un bouillonnement permanent d’énergie », résume Starck. Cette première collaboration avec la chaîne d’hôtel de l’entrepreneur visionnaire Sam Nazarian se perpétue aujourd’hui : un nouvel hôtel SLS a ouvert avec le même succès à South Beach Miami (2012), se profilent déjà les ouvertures de déclinaisons à New York, Miami Brickell (2016) puis Philadelphie et Seattle (2017). « Le SLS South Beach Miami n'a pas de style, nous avons beaucoup travaillé pour cela. Il s'agit d'un cocktail sophistiqué de poésie, de surréalisme, de surprises fertiles, de tendresse, de sculptures inattendues du restaurant japonais, de l'élégance du bar milanais, le très étrange mélange espagnol chinois de José Andrés et de la salle à manger de ma grand-mère. Partout où vous regardez, vous avez une surprise, et vous pouvez imaginer votre propre rêve, votre propre vie. Partout où vous allez, vous pouvez sentir l'humanité de Sam et ma folie », explique Philippe Starck, directeur artistique de l’ensemble des hôtels de la chaîne. Depuis l’ouverture du SLS Beverly Hills, plus de soixante distinctions – décernées par le Condé Nast Traveller, Wallpaper*, le New York Times, le Los Angeles Times...- ont récompensé les hôtels SLS.

Révolutionnaire, Starck l’est aussi par son refus d’une approche exclusive. Le créateur s’est engagé dès 1990 dans une autre révolution, celle de la démocratisation des hôtels dits de design et de qualité. D’abord avec le Paramount à New York qui propose des chambres à $100 et qui devient un classique du genre. C’est cette même approche tournée vers l’humain qui conduit Philippe Starck à développer des projets qui participent de manière essentielle au processus de démocratisation de l’hôtellerie. « La seule révolution désirable est une révolution sociale et économique : offrir la meilleur qualité aux personnes pour qui l’argent n’est pas l’essentiel. Ce sont sans doute le territoire de création et le futur les plus intéressant à développer », résume le créateur.

En 2008, il applique à Paris cette idée généreuse et humaniste en concevant le Mama Shelter, qui porte des valeurs sociales nouvelles fondées sur la rigueur, l’honnêteté, l’humour, l’intelligence et le partage, pour une tribu sentimentale ouverte sur le monde. « A son origine, explique-t-il, nous voulions faire aboutir un rêve démocratique : donner le meilleur au maximum de gens en puisant dans les idées les plus neuves et l’énergie de la jeunesse. » Né d’un désir philosophique et politique, ce lieu s’inscrit dans un paysage urbain délaissé mais vibrant d’envies et accompagne l’avenir dans ce qu’il a de plus inventif, de plus déterminé. Cette vision pertinente et audacieuse permet au Mama Shelter de figurer régulièrement parmi les sélections internationales les plus prestigieuses. (50 Best Hotels in Europa par le Sydney Morning Herald, Die 100 Besten Hotels in Europa par Géosaison Award, 8 meilleurs hôtels en France par Frommer). Les rêves de Starck sont voués à semer partout leurs graines fructueuses : après Paris, le Mama Shelter prenait racine à Marseille en 2012 avant Lyon et Bordeaux en 2013.

Conscient que l’offre hôtelière doit refléter plus fidèlement les mouvements et les flux du monde et des idées, il réinterprète avec vigueur et fantaisie en 2008 les codes des palaces parisiens en ajoutant un brin de folie poétique et surréaliste au plus ancien des palaces de la capitale française, Le Meurice. Il ajoutera de nouvelles notes à sa partition en 2016 en introduisant encore davantage de mystères et d’humanité aux espaces du palace. C’est encore en metteur en scène que Starck intervient en 2010 au Royal Monceau, écrivant un scénario fantasque et jusqu’alors inédit où chaque chambre se vit comme le bouillon de culture d’un occupant imaginaire. Philippe Starck rompt avec les usages et propulse l’héritage d’un palace incarnant l’élégance parisienne dans une autre dimension, intemporelle et fantaisiste. « Le Royal Monceau a été pour moi un moyen d’explorer la nature de l’esprit français et de le réinventer. De retrouver cet esprit frondeur, subversif et en même temps très élégant, distancié et noble. » Le Royal Monceau se révèle alors en refuge de l’honnête homme intéressé par le développement de l’esprit comme du corps.

Enfin, en 2011, Philippe Starck propose avec La Co(o)rniche « une cabane sur l’eau », un « lieu au plus fort, au plus beau, au plus poétique, au plus surréel, au plus puissant de la nature. » Suspendu entre ciel et mer, entre sable et pinède, cet hôtel restaurant préservant l’authenticité de la maison basque et surplombant le bassin d’Arcachon se pose en hommage à l’âme des gens qui y vivent : pétillante et généreuse.

En juillet 2015, le café Ha(a)ïtza a ouvert ses portes au Pyla-sur-Mer, mais c’est moins une étape qu’un prologue de l’ouverture en 2016 de l’hôtel éponyme, avec ces espaces ouverts, ces bars centraux et tables d’hôtes. Ce lieu emblématique du Bassin d’Arcachon, ce paysage si cher à Philippe Starck, retrouvera à l’été 2016 sa vie et son panache d’antan.

Restaurants

Le créateur comprend très tôt qu’un lieu ou un espace ne peut exister sans une histoire – un héritage riche de sens – qu’il n’a de cesse de rendre intemporelle et universelle. Car raconter une histoire pour Philippe Starck est consubstantiel au processus créatif : le sens nourrit la forme. Toujours différents, ses scénarii établissent un lien avec ceux qui font l’âme du lieu, en respectant une démarche intime articulée autour de la subversion, de l’humour, de la créativité ou de la poésie. Tel un metteur en scène, prolifique et optimiste, il aborde chaque espace de vie comme un théâtre où se déroule une histoire où chaque personne devient acteur, créant ainsi une sorte de dramaturgie parsemée d’actes surréalistes, ce qu’il nomme « des surprises fertiles ».

Quel que soit le projet auquel il s’attelle, Starck aime à mettre en lumière sa palpitation singulière, sa vibration intime, pour en faire un lieu en étroite relation avec son environnement et allumer sa flamme romanesque. Les lieux iconiques se succèdent dans les plus grandes villes aux quatre coins du globe avec le restaurant Teatron à Mexico en 1985, puis le Teatriz à Madrid en 1988, le restaurant Félix de Hong Kong (1994) puis à Paris le Palais de cristal de la Maison Baccarat (2004) et son restaurant la Cristal Room Baccarat, les restaurants Bon I (2000) et Bon II (2002) dédiés au bio et au sain et, aux Etats-Unis, l’arrivée notable de la chaine éponyme Katsuya à Los Angeles en 2006. Tous ces lieux s’enflamment sous son impulsion. La même année, Philippe Starck révèle le Mori Venice Bar, un lieu qui lui permet de partager avec les Parisiens sa passion pour une Venise fantasque à la gastronomie élégante. Fidèle à cet amour, il renouvellera l’espace en 2010. A Pékin, il invente une théâtralité de la démesure pour les 6 000 m2 du restaurant Lan, inauguré en 2007, où l’abondance des objets et des matières ainsi que l’hétéroclisme des styles transportent les visiteurs dans un voyage surréaliste. Starck n’a de cesse de penser les lieux pour leur redonner sens. A Paris, il imagine ainsi le concept d’architecture intérieure du Paradis du Fruit (2009) autour d’une idée simple : « Au Paradis, avec les fruits, les hommes ne sont même plus des hommes. Ce sont des anges, des génies, des artistes. »

Les créations de Philippe Starck se font l’écho d’un profond respect de la relation de l’homme à son environnement. C’est un luxe familier auquel invite Starck, la célébration d’une vie harmonieuse tel que A’Trego (2011) la dessine sur les bords de la Méditerranée, à la frontière monégasque. Simple « cabane de pêcheur », ce nouveau lieu se fait invitation au voyage et à la jouissance d’un nouvel art de vivre.

Plus qu’un quelconque geste architectural, Philippe Starck dessine des lieux de vie propices à la création, au partage entre amis et en famille, à l’image de Ma Cocotte (2012), nouveau restaurant au cœur des célèbres puces de Saint-Ouen que Philippe Starck affectionne tant. « Ma Cocotte, c’est comme un bol géant de 1000m2, s’enthousiasme le designer. L’architecture et la déco n’ont aucune importance, mais c’est l’espace dont on rêve quand on fait les puces. » Sans surprise, ce nouveau bâtiment imaginé par Starck s’intègre déjà parfaitement à son environnement. Les gestes discrets qui l’ont fait naître, à l’image de ses bronzes coulés dans le béton, et l’agencement surprenant d’objets hétéroclites réussissent à capturer l’esprit des puces, humble et terriblement inventif, plein de vie et merveilleusement intemporel.

En février 2013, Philippe Starck révèle le nouveau restaurant d’Alain Ducasse, Idam, au musée d’art islamique de Doha. Le décor à la fois spectaculaire et élégant créé par Starck maintient un équilibre précieux entre modernité et classicisme. L’espace construit ainsi de prolixes ponts entre culture et vie en invitant à la célébration du rite que constitue le repas familial ou entre amis.

En inaugurant également en 2013 un nouveau restaurant à Paris, le Miss KÔ, Philippe Starck fait une nouvelle fois la démonstration de ce désir intense de susciter le partage, de rendre la vie intensément plus riche. « Miss KÔ, explique Philippe Starck, c’est une des aventures les plus risquées dans le monde de l’hospitalité car c’est totalement fantasmagorique, une sorte d’évocation folle d’une rue quelque part en Asie. Une rue dans Blade Runner : un mur de parking en béton avec des chaises en formica, des écrans de TV qui donnent des centaines de news d’Asie en direct, une cuisine qui fume et qui brûle. » Miss KÔ est un lieu de liberté que Philippe Starck a pensé comme un espace de vie en perpétuelle réinvention créant des liens entre la cuisine et toutes les formes de créativité. « C’est une des mes visions de ce que va devenir le monde, confie Philippe Starck, un melting pot, un mélange de toutes les civilisations, de toutes les ethnies, de toutes les façons de manger, de faire. »

En septembre 2014, le Caffè Stern a ouvert ses portes dans l’historique Passage des Panoramas à Paris. Véritable bacaro, parenthèse italienne dans le bouillonnement parisien, authentique et chaleureux café à la vénitienne, dirigé par les frères Alajmo maîtres de la cuisine de la Sérenissime, il invite, selon les mots de Philippe Starck, à « un voyage à travers le temps, l’histoire, la culture et incite à la créativité et l’excellence. » Cette bulle fantasmatique « fait la part belle à la magie, à la poésie, au surréalisme et, naturellement, à la nourriture ».

Au printemps 2016, Starck ouvre avec Fabienne et Philippe Amzalak, un café urbain et littéraire : ZA, sous la Canopée du Forum des Halles à Paris. En phase avec le renouveau du quartier, parfaitement adapté aux nouveaux modes de vie urbains et connectés, le café ZA propose tout à la fois, une cuisine française simple et saine à commander via son Smartphone, de découvrir les dernières innovations dans le domaine de la mobilité, de lire un livre et même de le faire imprimer sur place en quelques minutes.

Un fil rouge se dégage aisément de ces plus de 170 projets architecturaux réalisés, et se devine déjà dans ceux en gestation (un centre médical d’accueil et de recherches ainsi que deux hôtels à Paris, des complexes hôteliers à Singapour, New York, Philadelphie et Seattle). Voyageant aux quatre coins du monde, la vision de Philippe Starck, viscéralement humaine et visionnaire, conçoit ces lieux en illustrant des scénarios qui invitent sa tribu à s’élever au-dessus du quotidien afin d’explorer des mondes imaginaires et créatifs.

Un Design politique Et Poétique

« Qu’il s’agisse d’une brosse à dent, d’un avion ou d’une chaise, il s’agit toujours de la même philosophie : penser au profit qu’en tire l’utilisateur. » Philippe Starck

Que manque-t-il à l’humanité ? Certainement pas d’autres objets… Parce qu’il a une conscience aigüe de ce constat, et surtout parce qu’il place la personne au cœur de son travail, ne pensant qu’au profit de l’utilisateur, si ce n’est en amont du premier coup de crayon, Philippe Starck s’amuse à dire qu’il n’est pas né pour faire des tables ou des lampes, mais que c’est le seul outil – voire l’arme – dont il dispose pour s’exprimer et proposer des alternatives inédites aux habitudes quotidiennes. « Tous les métiers doivent aujourd’hui se poser la question de leur nécessité, explique le créateur. Le design a eu sûrement l’espérance d’améliorer la vie, mais il ne peut en aucun cas sauver des vies. La seule chose que le design peut faire pour mériter de survivre, c’est au moins de s’orienter vers des directions plus humanistes. » Le design n’existe pour Philippe Starck qu’à travers son statut militant et politique, c’est à-dire à travers sa capacité à être utile, à changer, même modestement, la vie des gens. Son design s’attache au service rendu plus qu’à l’objet, cherchant à rendre le meilleur service possible avec un minimum de matière.

En témoigne avec force la première Ideas Box, déployée en janvier 2014, dans la région des Grands Lacs du Burundi. L’Ideas Box, médiathèque en kit créée par Philippe Starck pour Bibliothèque Sans Frontière, offre aux populations en proies à des crises humanitaires un accès à Internet, aux livres, à diverses ressources pédagogiques, mais également au théâtre et au cinéma. Elle concoure ainsi à redonner la possibilité aux individus et aux communautés de reconstruire ce qu’ils ont perdu, car « lorsque que l’on a tout perdu, ce qui nous reste c’est le rêve ». Depuis le principe des Ideax Box a été étendu avec succès dans plus de 11 pays.

Design Démocratique Et Objets Du Quotidien

Depuis ses premières années de création, le design de Philippe Starck n’est pas destiné uniquement à une élite mais à toute la société. Il aspire avec volontarisme à un design démocratique, dont le créateur donne une définition éclairante : « améliorer la qualité tout en s’efforçant de la rendre accessible au plus grand nombre, avec des prix justes. ».

Dans son esprit, l’élégance moderne et sincère tient à la multiplication de l’objet, en opposition avec l’idéologie de la série limitée, où la préméditation de la rareté entraîne une sélection par l’argent.

Cette démarche qui vise à donner le meilleur au maximum de gens, Philippe Starck l’a déployée dans tous les domaines de la vie : des arts de la table aux problématiques liées au corps et à l’hygiène.

Hygiène

Parmi les nombreux objets de notre quotidien revisités par son esprit facétieux, certains sont désormais les plus emblématiques du design : des éléments de salle de bains (Duravit, Hansgrohe, Hoesch, Axor) à la brosse à dents Fluocaril (1989). Créant des objets bons avant d’être beaux, Philippe Starck est présent dans notre quotidien grâce à leur humanité, leur intelligence. Ses créations font notre vie, et les plus anodines se découvrent de l’allure en révélant leur poésie secrète. Ainsi la brosse à dents se métamorphose en un repère amical au sein de la salle de bains, un clin d’œil encourageant, voire une oeuvre sculpturale, en plus d’être rigoureusement fonctionnelle. Chaque objet créé est comme une lettre à notre intention que le créateur souhaite nous délivrer.

En 2014, avec Axor Starck V, Starck expose le mystère de l’eau, mettant en pleine lumière sa puissance, grâce à un robinet qui « représente le minimum absolu : totalement transparent, presque invisible, et qui dévoile ce miracle qu’est le vortex ». La même année, le créateur célèbre les vingt-cinq ans de sa collaboration avec Duravit ; autant d’années de « collections façonnées par l’intelligence et l’élégance : l’élégance du mouvement et de la vérité ».

Corps

Créateur amoureux des sens réveillés et artificiers de rêves éveillés, Starck ne dédaigne pas pour autant la poésie du prosaïsme : soucieux de nourrir aussi bien notre âme que notre corps, il met au point une structure tubulaire novatrice qui garantit une cuisson « al dente » – la seule acceptable, bien sûr – pour la Pasta Panzani (1996).

En 2012, le créateur imagine avec l’aventurier scientifique David Edwards un aérosol, le WAHH, qui en un spray permet de ressentir le fumet d’ivresse sans ses effets néfastes. Ce petit objet explore ainsi le nouveau territoire infini de l’aérosol alimentaire, du rapport exponentiel entre les quantités infimes ingérées, le goût et l’effet ressenti.

De nombreuses années de recherches et de travail ont permis à Starck et à la maison de champagne Louis Roederer de présenter en septembre 2014, la cuvée Brut Nature 2006. Ce champagne millésimé non dosé est autant le fruit d’un terroir prestigieux que d’une collaboration unique entre une maison de champagne, son chef de cave et un créateur.

Ainsi que l’exprime Philippe Starck, « Brut Nature 2006 est non seulement une aventure formidable mais aussi une invention: du produit mais aussi de son processus d’élaboration. »

Vetements Et Accessoires

«Plus on s’approche du corps, plus le design doit être honnête. La peau et le corps ne mentent pas » : s’il fallait remonter aux origines de l’intérêt de Starck pour le corps humain, ses fragilités et son potentiel, on les retrouverait dans cette formule, incarnant sa définition du bionisme.

Visionnaire, précurseur de nos habitudes contemporaines, le créateur anticipait avec les montres Starck Watch, l’intégration possible des objets au corps humain – annonçant avec force que la montre ne sera que digitale, et fera office de plateforme de services.

Dès 1996, avec Starck Eyes – en collaboration avec Mikli puis Luxottica -, Starck révolutionnait l’univers de la lunette en concevant des lunettes « bioniques « dont la technologie biomécanique brevetée, unique, est directement inspirée du corps.

Forcément sensible aux multiples dimensions de l’existence, il était inévitable que Starck se saisisse de l’habillement. Pour Puma, il dessine des « intelligent shoes » (2004), ainsi que des sous-vêtements techniques et élégamment sexy, Starck Naked. Au printemps 2009, la maison Ballantyne lui propose de dessiner une ligne de vêtements pour hommes et femmes réalisés en cachemire. Faisant abstraction des modes, son approche à la fois moderne et intemporelle exprime une nouvelle forme de sensualité à travers de véritables « cachemires technologiques ».

« La vie est quelque chose d'extraordinaire qui se réalise. Il faut la protéger. Nous devons nous engager à aimer la vie et à nous aimer nous-mêmes au moins 15 minutes par jour. À la maison. Au travail. Il suffit de quelques exercices et d'une position correcte, élégante évidemment. » C’est en ces termes que Philippe Starck présente en 2009 sa collection de pièces conçues pour Home Gym Office (Alias) afin de favoriser une approche spontanée et immédiate de la dimension du fitness pour faire entrer cette dimension dans notre vie quotidienne : les poignières, les chevillières ou le collier sont à la fois des accessoires d’exercice mais également d'élégants bijoux.

En 2010, Philippe Starck s’attèle à un nouvel aspect du bien-être : le parfum. Il entame alors une collaboration avec Nina Ricci à la création du nouveau flacon de l’Air du Temps. « Seul compte ce qu’il va raconter, l’effet qu’il aura sur les gens qui vont l’utiliser », résume-t-il. Moins homme d’objet que de concept, le créateur appréhende l’écrin de ce parfum intemporel avec une vision aigüe du phénomène de dématérialisation en cours dans nos sociétés. Au point d’imaginer, avec la complicité du collectif new-yorkais Soundwalk, une partition musicale instaurant de fécondes passerelles entre vibrations musicales et olfactives.

En septembre 2014, Starck et Delsey présentent 16 modèles élégants dont l’ergonomie s’adapte à chaque usage et à chaque utilisateur, réinventant avec la collection Starcktrip, l’univers du bagage. Des bagages légers, fiables et garantis à vie, qui sont le fruit de recherches et d’innovations pointues ayant exploré tant les matériaux que la fonctionnalité.

Après trois ans de développement, à l’automne 2015, Starck dévoile sa première collection avec la marque brésilienne Ipanema. Les sandales Ipanema with Starck, au design minimal et organique, sont produites dans des usines éthiques et éco-réponsables au Brésil, à partir de 30% de matière recyclée. Grâce à ce système de création et de production vertueux, Starck étend son concept de design démocratique, éco-nomique et éco-logique. « Quand l’élégance est accessible pour quelques dollars ou euros, ce n’est plus de la magie, c’est un miracle moderne, résume-t-il »

En 2016, Philippe Starck présente Starck Paris, une première collection de parfums réalisés en collaboration avec trois grands maîtres parfumeurs : Daphné Bugey, Annick Ménardo et Dominique Ropion. Son travail sur les fragrances proposera une “exploration à travers nous, de l’ailleurs, de l’inconscient”. Cette expérience métaphysique entre le visible et l’invisible, la matérialité et l’immatérialité est une évasion vers des mondes extraordinaires, à la recherche de cet entre-deux, du Space Between

Puériculture

Parce que le quotidien est également celui de la famille, et des enfants, Philippe Starck s’attache à leur proposer des produits fonctionnels et innovants, inaugurant une nouvelle ère pour les parents. En 2002, pour la chaîne américaine Target, il réalisera une soixantaine d’objets ultra créatifs, du gobelet au biberon : des produits abordables pour illuminer modestement le quotidien des ménagères américaines, jusqu’au cœur de Minneapolis.

Puis, en 2006, Philippe Starck crée une nouvelle révolution sur ce marché, en proposant une gamme d’articles inédits pour Maclaren, non seulement beaux et élégants mais aussi de grande qualité, pratiques et maniables.

Cuisine Et Art De La Table

Porté par le même amour des produits et de leur bienfait sur le corps, Philippe Starck s’intéresse également à l’univers de la cuisine, du presse citron biomorphique Juicy Salif (Alessi, 1990) à son approche renouvelé des arts de la table avec Miam Miam en 2000. En 2005, Philippe Starck revisite avec impertinence la tradition Baccarat en osant renouer avec la tradition du cristal noir. Il donne aux produits de la collection Darkside - hommage à Pink Floyd et à leur album mythique Dark Side of the Moon, symbole d’une époque incandescente - des noms évocateurs qui ressemblent à des onomatopées de bandes dessinées. En 2012, Philippe Starck propose pour Laguiole un couteau au manche en inox estampé à froid comme une pièce de bois que la lame prolonge de façon naturelle. Ce monobloc pour la table exprime une nouvelle fois cette éthique de la simplicité, chère au créateur : aucune aspérité, aucune complexité, le maniement du couteau est élémentaire.

En septembre 2015, Philippe Starck témoigne de sa compréhension intuitive, intime, des objets du quotidien par la création d’une collection d’équipements de cuisine – réfrigérateurs, plaques chauffantes, hottes, fours et fours à micro-ondes - pour Gorenje. Des éléments en acier inoxydable et en verre à haute-réflexion, dont le design épuré et élégant s’adapte à tous les intérieurs.

Un Design Engagé, Politique, Visionnaire

« J’ai tenté d’orienter le métier du design dans une action politique et sociale, complice mais dénonciatrice, pour créer de l’action et de la réaction. » Philippe Starck

Philippe Starck a toujours eu le souci de faire passer un message politique. Il y travaille en associant humour et poésie au sein d’entreprises spectaculaires. Et il n’aime rien tant que savoir que ces surprises provoqueront amour ou rejet : « un objet qui serait immédiatement admis n’aurait pas de légitimité à exister », aime-t-il à répéter.

Le Plastique : Dématérialisation Et Invisibilité

« A plus long terme, le design aura rejoint une des lignes les plus fondamentales de notre évolution qui est la dématérialisation. » Philippe Starck

En faisant très tôt le choix du plastique dans l’élaboration de mobilier, Philippe Starck fait preuve d’une compréhension profonde de l’évolution vers l’invisibilité et la dématérialisation. Moins de matière pour plus d’intelligence, voilà comment le créateur imagine les objets. « En attendant que certains objets disparaissent, explique Philippe Starck, il faut les rendre supportables par un choix du regard venant d’un essai d’invisibilité par le biais de la transparence. » Il développe ainsi des meubles en plastique – du tabouret WW Stool (1990, Vitra) aux chaises Masters (Kartell) et Pipes (Driade) – dont l’aboutissement pourrait être les iconiques chaises Marie et Louis Ghost (Kartell, 2002), véritable traité de modernité mis en pratique et annonçant cette inéluctable dématérialisation. la Marie, chaise à l’épure « mathématique », a été imaginée par le créateur avec le moins de style, le moins de poids, le moins de matériau et le moins de présence possible. Mais c’est avec Louis Ghost que cette approche de la dématérialisation connaîtra son plus grand succès avec plus d’un million d’exemplaires vendus. Philippe Starck en est persuadé, la chaise résulte de cette approche nouvelle mais également d’un héritage et d’une pensée occidentale commune ainsi que du pont qu’il a construit entre dématérialisation et démocratisation : « La Louis Ghost a été élaborée par notre subconscient collectif, elle n’est que le résultat naturel de notre passé, de notre présent et de notre futur. Elle permet également par sa technologie d’offrir le bon design, la bonne technologie, au bon prix. C’est la continuité du design démocratique. »

Avec la chaise Masters en 2009, Philippe Starck poursuit sa réflexion sur les notions de dématérialisation et d’héritage. Il démonte, nettoie, dissèque les icônes du design, afin d’identifier et extraire leurs lignes structurelles qui, pour reprendre la formulation du créateur « additionnées les unes sur les autres, créent un nouveau produit, un nouveau projet, reflet de notre nouvelle société ». Avec la Masters, Starck propose sa lecture des lignes génériques de trois grands designers de l’histoire du design ((Eames, Jacobsen et Saarinen). En 2016, avec les chaises GENERIC.A et GENERIC.C (Kartell), il s’émancipe des lignes extérieures pour aller chercher au cœur de chaque chose, vers les lignes génériques intérieures. « Une démarche intéressante intellectuellement, mais qui elle l’est également en terme d’Economie et Ecologie car c’est avant tout un travail sur l’intelligence de la matière, sur l’intelligence de la structure » que Starck propose au travers de la collection GENERIC.

La production de mobilier en plastique revêt une dimension nouvelle avec la création de la maison d’édition TOG – All Creators TOGether en 2014. La marque Italo-brésilienne veut avant tout exprimer un état d’esprit politique, affirmer une philosophie qui se propose de “réconcilier deux mondes a priori opposés: celui de la haute technologie industrielle, de la production de masse et celui de l’artisanat, reflet de l'excellence humaine, singulière et unique”. À travers TOG, Starck s’attache à résoudre le paradoxe engendré par notre société en crise: aspirer à des produits forts d’une espérance de vie culturelle et matérielle importante, fonctionnels et disponibles à des prix abordables.

Luminaire Et Mobilier

Chaque année, le Salon international du meuble de Milan est l’occasion pour Philippe Starck de présenter de nouvelles « surprises fertiles ».

Dans la démarche de Starck, la lumière a le rôle des mots chez l’écrivain : sans elle rien ne serait possible. Sa philosophie et son éthique s’en nourrissent. Son Tamish (3 Suisses, 1984), sa Miss Sissi (Flos, 1991) ou encore son lampadaire SuperArchimoon (Flos, 1999) témoignent de longue date de la nature décisive de la lumière.

De la lampe Gun (Flos, 2005), Philippe Starck disait qu’elle était « un signe du temps », qui inscrit violemment la mort dans notre paysage quotidien et dénonce la collusion de la guerre et de l’argent. Subversive et politique, la lampe emblématique porte également en elle la folle poésie de son créateur. Une partie des bénéfices générés par cet objet si peu commun est reversée à l’association « Frères des Hommes ».

Cet amour de la subversion et de la confrontation d’objets décalés sans rapport évident entre eux est à l’œuvre avec Marie-Coquine (2011). Hommage au surréalisme poétique de Mary Poppins, le luminaire en cristal de Baccarat se transforme en sculpture à l’esprit « ready made et dada », protégée par un parapluie ouvert en toile d’ivoire et dont le contrepoids n’est autre qu’un sac de frappe pour boxeur. Au cœur du salon, Marie-Coquine est alors source d' « une surprise fertile ».

Chaque création sous-tend un message, une dénonciation. Ainsi le tabouret Attila (1999, Kartell), clin d’oeil à la figure du nain de jardin, est un pavé volontaire dans la mare d’un minimalisme trop omniprésent. Composée et formelle quand il s'agit de recevoir, la collection Privé (2007) devient quant à elle le domaine parfait de la transgression dans le cadre intime et privé de la maison. Le jour et la nuit se mêlent, le salon et le boudoir pour une collection qui va de la chaise au canapé et au pouf.

Avec Lou Read (2011), Starck propose un fauteuil aux courbes sculpturales pour le Royal Monceau, lieu de sa rencontre avec l’artiste Lou Reed quinze ans auparavant. Plus qu’un hommage à son ami, le projet se révèle en manifeste pour la lecture et la conversation, activités à contre-courant à l’heure de la domination des écrans.

En 2016, la famille s’agrandit, accueillant une chaise et un fauteuil, respectivement Lou Eat et Lou Think.

En 2013, le créateur revisite pour Baccarat l’histoire intemporelle de l’icone Harcourt, de l’applique à la lampe de table, et le mythe du lustre Zénith. Cette fascination pour la lumière nourrit également les innovations réalisées pour Flos : Lampe A4 Light à lumière plate ou la lampe Chapo fantasque et élégante. Cette poésie se retrouve dans le mobilier réalisé pour Magis, entre les tables Big Will qui semblent prendre leur envol ou s’enfuir avec leurs roues et un chien aux allures savantes (Le Chien Savant). Enfin, Philippe Starck y révèle les canapés My World (Cassina), « un cocon, une niche, un monde », confortable et intemporel alors que ses dernières réalisations pour Kartell - la collection Uncles & Aunts - rendent hommage aux chaises, fauteuils, tables et consoles de son oncle et de sa tante en versions minimales et technologiques. Preuves, s’il en fallait encore, que Philippe Starck, sans oublier le passé, n’a de cesse d’imaginer un avenir tendant à la dématérialisation.

En 2015, Starck reprend son exploration des territoires de la dématérialisation et de l’intemporalité.

La table Sir Gio (Kartell), aux lignes sculpturales et fascinantes, conçue telle une œuvre d’art, reflète l’obsession de Starck de vouloir toujours susciter un maximum d’effets avec un minimum de matière, sans geste caricatural, débarrassé de superflu. Cette même année, Starck revisite avec Magis, le mythique fauteuil de réalisateur et, tout en conservant la simplicité évidente des lignes, il insuffle au fauteuil Stanley (Magis) une nouvelle modernité, par l’élégance des hautes technologies déployées dans sa conception.

L’élégance technologique est également au cœur de la collection Bon Jour conçue avec Flos. Cette collection lumineuse inaugure un nouvel archétype, celui d’un corps éthéré, pur, presque immatériel, qui se prête idéalement à la personnalisation selon les goûts et la créativité de chacun. Enfin, avec la collection Boxinbox pour Glas Italia, Starck repense la relation métonymique existant entre le musée et l’œuvre d’art, proposant des meubles en verre transparent tels des « Musées de musées », à la fois vitrine et objet d’art.

Une Écologie Démocratique

« Pour sauver notre planète, pour changer nos sociétés et les rendre plus solidaires, il faut des initiatives, des actions de grande envergure. » Philippe Starck

Bien avant que les préoccupations environnementales ne relèvent, hélas, de l’urgence impérieuse, Philippe Starck avait saisi en visionnaire avisé qu’elles seraient au cœur de notre présent, essentielles à notre avenir. Son souci de développer des créations durables, imaginées indépendamment de toute notion de mode périssable, qu’elles soient d’abord utiles, qu’elles remplissent leur fonction essentielle inscrivait son travail dès ses premiers pas dans une démarche responsable, éthique. Ses objets, ses solutions, Philippe Starck souhaite les partager avec le plus grand nombre en offrant des objets de haute-technologie, écologiques, et à des prix abordables, sans hésiter non plus à réaliser de « belles » choses pour inciter à cette consommation responsable.

Visionnaire, citoyen enthousiaste, Philippe Starck s’engage pour le futur de l’Homme à travers une écologie démocratique qui aide ses contemporains à mieux vivre en harmonie avec leur milieu naturel, tout en s’inscrivant dans « la grande image », pour faire mieux que survivre, et proposer aux générations futures la possibilité d’écrire leur avenir sur une page blanche, pour qu’ils inventent une autre histoire, un autre romantisme. C’est cela la vision : la capacité à changer de perspective sur son action créative pour aller plus loin – et à la partager avec le plus grand nombre. « De plus en plus informés, souligne-t-il, nous avons tous la possibilité de reprendre en main le destin de l’espèce humaine plutôt que de se laisser aller aux mécanismes du marché. » Il s’agit de renoncer au cycle dément des modes pour offrir des objets justes. Philippe Starck appréhende en visionnaire les mutations du monde contemporain et y apporte des réponses concrètes par une approche, parmi tant d’autres, bioniste, inspirée de l’organique, et une volonté d’initier une décroissance positive, cherchant perpétuellement le plus dans le moins.

Si aucune proposition n’est pour lui une solution définitive aux enjeux de notre temps, le créateur propose de nouveaux modèles, d’autres façons de consommer, de se déplacer, persuadé que ce sont les inventeurs qui tracent la voie d’un monde meilleur.

Conscient de l’urgence du développement d’une écologie démocratique, son combat civique se fait plus radical encore aujourd’hui : un engagement personnel, mais aussi une invitation ferme à le rejoindre. Il invente, en 2006, pour le groupe industriel italien Pramac, une éolienne individuelle à la fois très désirable, invisible, facilement accessible et utilisable à un prix abordable. Elle répond également aux nouveaux critères de mobilité imposés par notre destin nomade.

En 2015, avec Speetbox by Starck, la première collection de mobilier chauffant haute performance, Starck poursuit une démarche au cœur de préoccupations anciennes : repenser nos moyens de consommer et de générer de l’énergie sont des enjeux essentiels. A un poêle à bois étanche peut s’ajouter un système de modules appelés « box » aux fonctionnalités variées : des box de rangement particulièrement adaptés au stockage du bois de chauffe et des box d’accumulation de chaleur permettant une diffusion progressive de la chaleur sur plus de 24h. Grâce à une application inédite pour Smartphone, le poêle est contrôlable à distance et programmable, et la haute technologie à portée de chacun pour une gestion personnalisée de tous les paramètres de chauffage. Speetbox by Starck rend l’écologie et la technologie accessibles à tous, et offre la possibilité d’une solution de chauffage économique, performante et adaptée.

Produits Et Objets Du Quotidien

Précurseur dans l’engagement pour une écologie démocratique, Philippe Starck propose Good Goods en 1996, un catalogue de « non-produits pour les non-consommateurs du futur marché moral », en vente par correspondance (La Redoute). Le catalogue propose, déjà, des produits en coton bio, des détergents Ecovert, des peintures sans solvants... Porté par un élan généreux, humaniste, il crée également en 1998, OAO, une société de produits alimentaires, afin de simplifier l’accès aux produits biologiques dont des produits festifs tels le champagne ou le vin. En 2005, le lancement de La Amarilla (LA) marque un nouveau tournant : il s’agit des premières huiles d’olive biologiques à être assemblées par un œnologue, Michel Rolland. Au concours international Oil China 2012, LA Organic obtient la médaille d’Or avec l’huile LA Oro Intenso et la médaille d’argent avec l’huile LA OroSuave dans la catégorie des huiles biologiques (sans pesticides). En 2013, et pour la troisième année consécutive, les huiles LA Organic recoivent trois médailles d’Or au Concours international de l’Huile d’Olive de Los Angeles 2013.

Chez Starck, la priorité va au meilleur pour tous sans condition. Et il prouve par l’exemple qu’une autre vision de la consommation est possible. Une approche profondément éthique qui pousse Philippe Starck à imaginer La Feuille d’eau en 2010, puis la Lame d’Eau en 2014 – respectivement gourde et carafe réutilisables visant à encourager la consommation d'eau potable du robinet, bien commun de l'humanité et dont la vente aide à financer les actions soutenues partout dans le monde par la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand. Cette conscience du symbole que représente l’eau est également au cœur de son design des bouteilles de la marque corse Saint Georges (2011). Cette bouteille est comme l’eau qu’elle contient : pure. Elle synthétise ce que la Corse a de plus beau.

En 2012, Philippe Starck propose une corbeille 100% recyclable réalisée en plastique végétal issu de cultures de proximité. Objet esthétique et éthique, ELISE by Starck est un appel lancé au plus grand nombre pour qu’ils pratiquent un recyclage ludique qui se verra récompensé par le Trophée Eco Conception. L’objectif de ce projet est multiple : assurer la collecte et le recyclage des papiers de bureau mais aussi créer une activité visant à assurer un emploi stable à des personnes connaissant des difficultés d’insertion, notamment en situation de handicap. De même, comme il le confie : « Ma responsabilité est aujourd’hui plus de m’intéresser aux futures productions d’énergie et aux futures matières qui remplaceront le plastique, dérivé le plus intéressant du pétrole. »

Mobilité

En 2012, Philippe Starck présente une voiture électrique, retour à la source de l’objet. Avec la V+, fabriquée par un constructeur indépendant français Volteis Electric Car, le créateur explore de nouveaux territoires de la mobilité. Et cette démarche prospective rencontre l’intérêt du grand public : le projet est salué au salon du luxe durable 1.1618 par le Prix du Public 2012. « J’ai voulu proposer une alternative. Une réponse différente pour qu’on puisse revenir à la définition minimaliste d’un véhicule. Un véhicule là pour transporter. Presque rien. Pour qu’on ait plus. Plus d’humanité. Plus de respect. Plus de choix pour montrer qu’on se soucie de notre environnement. »

C’est cette même vision démocratique de la mobilité que l’on retrouve plus prosaïquement, mais avec autant de puissance, avec le Pibal (2012) à Bordeaux. En offrant aux Bordelais un vélo urbain à l’ergonomie révolutionnaire, Philippe Starck propose une réponse aux nouvelles questions posées par les évolutions de la mobilité. Car loin de vouloir se poser en vélo de designer, Pibal est un vélo juste et éthique, adapté à son environnement et aux nouveaux usages. Grâce à une plate-forme située entre les deux roues, il se transforme en patinette capable de translation latérale idéale pour se faufiler dans une artère piétonne. Philippe Starck démontre que le moyen de transport peut être à la fois technologique et écologique, universel et particulier.

En 2014, Philippe Starck poursuit son inlassable travail sur les codes de la mobilité en associant miracles technologiques et démarche écologique. Amoureux et inconditionnel utilisateur de deux roues, Starck considère le vélo comme une des rares productions issues de l’intelligence humaine à être à la fois positive, constructive et bénéfique. Sa collaboration avec le constructeur français Moustache Bikes a donné naissance à StarckBike : une collection de quatre vélos à assistance électrique capables d’explorer « tous les territoires et surtout les territoires infinis et poétiques. »

Architecture Démocratique

Dès 1994, proposant en collaboration avec les 3 Suisses l’historique Maison de Starck, une maison individuelle en bois vendue par correspondance, Philippe Starck se pose en précurseur d’une architecture écologique et démocratique, à l’heure où les maisons en bois étaient quasi interdites. Avec P.A.T.H. (Prefabricated Accessible Technological Homes) en 2013, Philippe Starck renouvelle ainsi l’approche de la maison individuelle préfabriquée de haute technologie. Fabriquée et distribuée par Riko, cette solution clef en main, « pour tous », répond entièrement aux préoccupations qui animent Philippe Starck depuis toujours : l’accessibilité, le confort, la sécurité, l’adaptabilité aux besoins et à l’environnement, un design intemporel, intégrant un véritable processus industriel garant d’une qualité durable et bien sûr le respect de l’environnement et des standards écologiques. « Si nous voulons penser les choses sur le long terme, il faut être sûr que le style de ce que nous créons aujourd’hui soit toujours acceptable et apprécié dans 50, 100, voire 200 ans. Alors plus que le style, il s’agit de penser, d’imaginer et de construire avec les bons matériaux. Avec un prix le plus raisonnable possible. Avec une qualité irréprochable. Et en utilisant le meilleur de la technologie. C’est tout cela qui nous emmènera vers un bon futur », rappelle Philippe Starck.

L’ère Du Postplastique

Si aujourd’hui, nul ne peut imaginer une vie sans plastique, il est essentiel pour Philippe Starck de penser l’avenir à l’aune de la nouvelle civilisation qui émerge. Fort du constat que le plastique organique et recyclé ne suffiront pas, c’est à une révolution plus profonde à laquelle le créateur travaille, celle de la décroissance positive et de l’intelligence créative qui permettront d’aboutir à une ère heureuse du post-plastique.

Et cette ère du post-plastique qu’appelle de ses vœux Philippe Starck produit déjà ses effets. Avec la lampe Miss Sissi (Flos, 1988) en plastique biodégradable puis la chaise Zartan (Magis, 2012), première chaise rotomoulée entièrement recyclée, les composants plastiques laissent place aux matières végétales. La Broom Chair (Emeco), la même année, initie une autre révolution en recyclant des déchets industriels en composite innovant et durable.

Les Miracles Technologiques

Ayant pour seul héritage paternel la créativité, Philippe Starck a toujours su l’injecter à son propre destin. Intégrant tôt en amont l’ingénierie à ses projets, il en fait plus un moteur qu’une condition pratique pour créer de véritables miracles technologiques, capable de faire converger nouveaux et anciens usages et d’appréhender les mutations du monde contemporain.

De 1993 à 1996, Starck, directeur artistique de plusieurs marques du groupe Thomson, crée de nombreux produits dont des hauts parleurs, des téléviseurs, parmi lesquels la portable Zéo Tv ou Jim Nature, le premier téléviseur à coque de bois compressé (1994), le téléphone à commande vocale Aloo (1995), le rétroprojecteur LCD Cube (1996) ou encore la radio Lalala (1996). « De la technologie à l’amour », proclamait-il alors. En effet, ses créations pour la marque française se distinguent par leur aspect ludique, proche de l’utilisateur et leur efficience technologique.

Après s’être consacré aux enceintes sans fil Zikmu (Parrot, 2009) et à la « protection de l’esprit du son », Philippe Starck va encore un peu plus loin dans cette alliance entre technologies les plus avancées et approche profondément sensible. Toujours à la recherche de l’expérience sensorielle inédite, il révolutionne avec le Zik de Parrot (2012) le casque audio en prenant en compte les aspirations au mouvement, les besoins de dialogue avec l’environnement, et la nécessité d’une ergonomie intuitive. Le prix « Best of CES » en 2012 salua cette réussite. Zone de convergence, l’objet se fait avec Philippe Starck à la fois miracle de technologie et prolongement du corps humain. Deux versions ultérieures du casque, Zik 2.0 (2014) et Zik 3 (2015), sont saluées et récompensées par de nombreux prix - tel que le Distree Diamond Award en 2015 - pour leurs innovations technologiques et esthétiques.

Cet amour sincère pour la musique de qualité se révèle, de l’aveu même de Philippe Starck, particulièrement féconde: « Programmer la bonne musique est indispensable pour la qualité de mes projets. Je suis obsédé par la musique. Si la musique me va, je suis prêt à travailler. »Avec la Freebox Revolution (2010), Philippe Starck se retrouve dans l’esprit d’un objet qui redonne le pouvoir au peuple, incarnant le design démocratique qu’il défend depuis tant d’années : « Elle est démocratique parce qu’elle est finalement extraordinairement pas chère pour le service qu’elle rend : quand on pense à la puissance de raisonnement, d’intelligence, d’informations qu’on peut acquérir grâce à elle, le prix n’est rien : il est dérisoire. Et elle est révolutionnaire car on peut tout en faire. On s’aperçoit que des boîtes comme la Freebox n’ont de limite que nous-même. » Mais la plus grande des révolutions à laquelle invite Philippe Starck n’est-elle pas celle de l’imagination et de l’innovation ? En mettant l’humain au cœur du progrès et des convergences, il démontre à nouveau qu’il s’intéresse d’abord aux vivants plutôt qu’à la prouesse.

S’amusant à déjouer les attentes, il s’appuie également sur la technologique pour repousser toujours plus loin les limites de l’objet et coller au plus près des nouveaux usages. Pour La Cie, Starck a imaginé deux disques durs externes, LaCie Starck Desktop Hard Drive et Starck Mobile Hard Drive (2009). Le premier est équipé d'une surface tactile qui répond au toucher et permet de lancer l'application de son choix d'un simple effleurement. Avec le nouveau disque dur Lacie Blade Runner by Starck dévoilé lors du CES en 2013, Philippe Starck propose une boîte de Pandore qui allie un intérieur en métal anthropomorphique et une coque angulaire semblable à une cage. Protégé par de l’aluminium, le LaCie Blade Runner est sans nul doute le disque dur qui allie le mieux robustesse et esthétisme.

La recherche de la technologie optimale vise à satisfaire nos besoins réels, et non à en créer d’autres, superflus et artificiels. Viser la pérennité, pour établir une relation durable entre l’Homme, la production et l’objet, est la première étape dans l’engagement pour la protection de notre environnement. Avec D’Elight (2012), lampe et iPad travaillent à cette convergence des usages et des objets pour que la « source d’information devienne source de lumière ». Avec la marque italienne Flos, Starck développe la première lampe au monde tirant parti de l’innovation technologique que représente l'Organic Light Emitting Diode (OLED).

En partenariat avec l’entreprise française Netatmo, Starck proposait en 2013 un thermostat intelligent (Netatmo by Starck) ; en 2016, ils prolongent leur collaboration avec une vanne électrostatique pour radiateur. Ces objets connectés du quotidien permettent de contrôler son chauffage à distance grâce à une application pour Smartphone et ainsi de réduire sa consommation d’énergie en l’adaptant à nos besoins réels. Philippe Starck vise à nouveau à l’équilibre parfait entre design et fonctionnalité qui marquera notre futur.

Le Bionisme

« Le bionisme, c’est s’inspirer de l’organique pour créer des technologies mieux adaptées à l’humain. » Philippe Starck

Avec les montres Starck Watch, au plus près de la peau, Starck anticipe la possible intégration des objets au corps humain. Dès 1996, Philippe Starck conçoit des lunettes ergonomiques « bioniques » révolutionnaires avec Starck Eyes (Mikli), dont les charnières à la technologie unique brevetée, s’inspirent des articulations du corps humain biomécanique. Autorisant des mouvements harmonieux, elles constituent une prolongation de l’individu, et disparaissent de notre champ perceptif pour se fondre en nous. Avec les montres Starck Watch, au plus près de la peau, Starck anticipe la possible intégration des objets au corps humain.

Ce « plus dans le moins », Philippe Starck y travaille plus particulièrement avec l’idée d’« eau creuse » de son robinet Organic (Axor, 2012), offrant une sensation de générosité du jet tout en économisant l’eau. Inspiré par le monde végétal et humain, Philippe Starck promeut par là-même une approche profondément bioniste et écologiste.

Toujours en 2012, Philippe Starck révèle le Venus, yacht de 78,20m illustrant le meilleur d’une approche bioniste qui cherche perpétuellement le plus dans le moins. « Un vide d’une telle recherche et d’une telle qualité qu’il en devient plus fort que n’importe quel plein », résume son créateur.

Le Design Industriel

En janvier 2010, au salon Domotex de Hanovre, Philippe Starck a présenté le fruit de sa collaboration avec la maison danoise Fletco. Starck by Fletco (récompensé en 2011 par le Interior Design Award) n’est pas seulement une collection de moquettes ou de tapis : « C’est un jeu magique, où toutes les combinaisons sont réussies. Cette collection de carrés donne la possibilité aux architectes d’intérieur comme à chacun de créer à l‘infini sa propre partition, son œuvre. » Le jeu se prolonge ici par une réflexion sur l’ère du jetable, en signalant que l’objet juste s’inscrit dans la durée. En ayant recours à des matériaux variés – aluminium brossé, acier, bois, verre, et en y injectant une note de luminescence, Starck ouvre grand la porte de l’imaginaire. Les techniques de production textiles développées par Flecto, totalement respectueuses de l’environnement, s’inscrivent naturellement dans la démarche de Starck. Cette démarche associant flexibilité et durée – dans une approche respectueuse des enjeux écologiques – est également au cœur de la première collection de dalles céramique réalisée en association avec le fabricant italien Ceramica Sant’Agostino en 2012. Flexible Architecture Ceramica Sant Agostino by Starck fait ainsi d’une matière rigide un nouvel élément d’architecture flexible aux possibilités infinies, tout en préservant le caractère durable de la céramique. « Nous quittons la "deux dimensions" au profit d’une "trois dimensions" qui offre une infinité de dimensions et de possibilité, résume Philippe Starck. Il n’est plus question ici de décoration mais d’architecture ».

Flexible, aisément adaptable, tri-dimensionnelle, cette vision a également apporté sa singularité aux façades des bâtiments industriels. En 2013, Starck revisite le traditionnel habillage métallique grâce à un système unique qui permet aux architectes de singulariser leurs constructions sans les percer ni modifier leur intégrité. Tel un jeu de construction, Bacacier by Starck a été imaginé comme une extraordinaire boite à outils à l’intention des architectes, permettant des combinaisons quasi infinies de reliefs, de matières et de couleurs.

Autant de projets qui épousent parfaitement l’ambition de rendre l’environnement meilleur, du tapis à l’architecture flexible.

La Mobilité Réinventée

Anticipant les grandes mutations du monde contemporain, Philippe Starck réinvente la mobilité en associant miracles technologiques et démarche écologique.

Motos

« Depuis mon plus jeune âge, j’ai deux roues aux pieds : je suis un être biomécanique, moitié homme, moitié deux-roues. La moto est le moyen de locomotion le plus intelligent après la marche et le vélo. » Philippe Starck

Entre ses mains - car il est lui-même un motard averti et heureux - les motos, à l’exemple de la 6,5 (Aprilia, 1995) de la X3 (Aprilia, 2000) ou encore de la Super Naked Xv (Voxan, 2007), s’intègrent mieux à leur environnement, grâce à une recherche du minimum. Elles redeviennent des objets de loisir et de liberté, se libèrent du machisme et gagnent en épure – loin de la vanité du consommateur. Amoureux et utilisateur inconditionnel de Kawasaki – il en possède sept, réparties dans le monde ; une dans chaque grande ville où il travaille régulièrement, Philippe Starck revisite la Kawasaki W800 en 2011 pour en faire un objet simple, fonctionnel, rassurant et élégant : « Une bonne moto, c’est le minimum, explique alors le créateur, un moteur, un réservoir, deux roues. Beaucoup de préparateurs vont vers le plus, nous, nous avons choisi d’aller vers le moins. »

Bateaux

Philippe Starck aime la mer, les bateaux, il en a une connaissance profonde, naturelle et se définit lui-même comme un amphibien, « les pieds palmés et le dos recouvert d’écailles ». Parce que la mer est son élément, il collabore avec Bénéteau pour le voilier First (1988) et réinterprète les codes intemporels de la marine, puis il conçoit le Virtuelle (1997), un voilier de course aux lignes minimales et en accord parfait avec la mer.

Il crée également plusieurs méga-yachts, chacun ayant marqué l’ère du nautisme de son emprunte. Le Wedge II (2002), novateur par son allure épurée qui contraste avec les conventions (et il s’en amuse) de ce type de navires et dont l’élégance est saluée par le prix du meilleur bateau de l’année. Puis, en 2008, il conçoit le A (119 mètres), un vaisseau discret à la philosophie écologique, inspiré du rythme des vagues et de la forme de poisson, à l’étrave immersive et révolutionnaire. « J’ai dessiné l’une des premières coques qui ne fait pas de vague même à 25 nœuds » se souvient Philippe Starck. Avec ses Tenders, cette innovation esthétique et philosophique, le A a trouvé compagnons à la mesure de son élégance, en version « Limousine » proposant un intérieur digne du superyacht lui-même ou en version « ouverte » . Deux prix majeurs ont salué le A : « Most Innovative Yacht in Yachts France » au salon maritime de Cannes en 2009, et « The Most Innovative Exterior Yacht Design of the Year 2008 » du Asia Boating Awards Ceremony en 2008. Sa collaboration avec Hobie Cat (2009), quant à elle, procédait d’une aspiration personnelle : « J’ai eu le bonheur et l’honneur de posséder et de barrer tous les modèles de Hobie Cat. Cette addiction était une religion. La religion du minimum. » Ludique, élémentaire, destinée à tous, sa relecture du mythique bateau rejoint à la fois la vocation démocratique qu’il assigne à ses créations et à son rêve de mobilité, par tous les moyens. Le Venus (2012), de plus de 70 mètres de long et issu d’une philosophie de la dématérialisation est le fruit d’un dialogue nourri et régulier avec son commanditaire, l’un des génies de ce siècle. « Pendant quatre ans nous avons analysé les moindres détails et rassemblé les innovations, pour mettre au point un concentré du plus haut niveau de l’intelligence et de la qualité, raconte Starck. Nous avons réinventé la technologie marine par notre travail, c’était de la philosophie en action.».

Transports Partagés

Après avoir dessiné les salons de première classe des terminaux parisiens et londoniens de l’Eurostar, ce train magique qui relie une île à un continent, mais aussi favorise la circulation des idées et des imaginaires, Starck a eu l’occasion de renouer avec ses premières années en prolongeant ses dessins d’enfant de 2006 à 2007: directeur artistique pour Virgin Galactic, en charge du projet de libéralisation et de démocratisation du tourisme spatial.

C’est dans une même démarche démocratique que Philippe Starck revisite en 2013 la carte de transport de la région Ile-de-France, la Carte Navigo, pour en faire un emblème de démocratisation de la qualité. Et en offrant à cet objet quotidien et grand public les apparats d’un objet rare – aspect épuré et lignes élégantes, le créateur fait la preuve une nouvelle fois que l’exigence du beau n’est l’apanage d’aucune élite. Avec le vélo urbain Pibal (2012) créé pour la ville de Bordeaux, Philippe Starck s’attache à répondre aux enjeux des villes contemporaines, ceux d’une mobilité écologique et partagée. « Une réponse inventive et juste aux nouvelles questions », résume-t-il.

Créateur complet, à la vision globale, Philippe Starck tient à appliquer à son amour de la mobilité la même exigence – subversive il y a vingt ans, incontournable aujourd’hui – de dignité vis-à-vis de notre monde et de notre histoire. En compagnie de scientifiques, il développe ainsi actuellement de nombreux projets : des bateaux (de 2 à 145 mètres de long) hybrides solaires, hydrogènes, à voile. Il est aussi dépositaire de brevets sur de nouvelles surfaces photovoltaïques et travaille sur un concept touristique sans impact sur la nature. Il n’y a décidément pas de science et de miracles technologiques sans intuition poétique…

Le Futur

« Offrir à nos enfants une autre histoire, un autre romantisme. » Philippe Starck

Créateur polymorphe perpétuellement nomade à parcourir le monde en compagnie de sa femme et muse Jasmine, toujours présent là où l’on ne l’attend pas (à l’image de la vie, « ce qui arrive lorsque nous faisons d’autres projets », plaisantait John Lennon), à la recherche de l’élégance naturelle, héros de l’obligation démocratique, Philippe Starck n’a jamais renoncé à ses espoirs, désirs, visions, devoirs et se révèle en honnête homme, dans la pure lignée des artistes de la Renaissance.

De la haute technologie au service de la personne jusqu’à la nécessaire mobilité en passant par l’alimentation, le logement, la production d’énergie ou encore le vêtement, aucun aspect de la vie quotidienne, dans toutes ses implications, n’a échappé à son regard visionnaire, poétique et subversif. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger. Tout concerne Philippe Starck. D’une prise de conscience précoce sur nos modes de vie périlleux, il a tiré une énergie accrue, une volonté décuplée de partager sa vision, celle qui s’inscrit dans la « grande image », l’histoire de notre évolution.

L’Engagement

Parce que nous assistons à de nombreux changements – certains positifs, d’autres catastrophiques, il est urgent pour Philippe Starck de tenter d’y répondre. Et c’est en orientant le design vers le futur, le politique, la responsabilité que le créateur tente d’apporter une pierre à l’édifice d’un monde nouveau. Conscient que le passage sur terre implique une responsabilité, il promeut le « courage d’exister », de s’inventer et de se réinventer, de jouer un rôle dans l’évolution et les mutations contemporaines. Parce que « quoi que l’on fasse, qu’on en prenne ou non la mesure, on sera très vite obligés d’aller vers la décroissance, or il est dans l’ADN de l’homme de progresser. Ainsi, ce sera le sujet des prochaines années : trouver le modèle de décroissance positive qui nous sauvera. » Si le design ne peut répondre à toutes les questions, il peut néanmoins apporter sa contribution vigilante. Ce combat, Philippe Starck l’a toujours porté : du design démocratique jusqu’à l’écologie démocratique, il souhaite avant tout créer des objets accessibles, écologiques, pour le plus grand nombre. Ainsi, quelques décennies après ses premiers combats pour que ses créations soient accessibles à tous, le présent lui a donné raison : de la priorité à donner à la défense de l'environnement à la nécessité de quitter cette planète, nous sommes tous impliqués dans cette histoire – la nôtre. Refuser l’état des choses ne suffit pas, il faut agir résolument pour le bouleverser. Ni plus ni moins, c’est une révolution que Starck se propose de mener : celle de notre mode de vie, pour que la vie, précisément, persiste. Nécessaire et indispensable, cette lutte pour l’écologie démocratique est pourtant foncièrement joyeuse et vivante, interrogeant nos pratiques pour nous inciter à en changer, pour enfin accéder à un marché moral.

Philippe Starck n’a de cesse de démontrer que quelles que soient sa taille et sa vocation, l’objet honnête – on évoquait en préambule la démarche d’honnête homme du créateur Starck – propose ce qui peut se faire de mieux, de plus efficace, de plus utile et de plus respectueux, pour un minimum de matière. Car la partie la plus intelligente de la production humaine se retrouve toujours dans l’idée de réduire la matérialité, d’aller vers la légèreté et l’invisibilité tout en augmentant la compétence. Le futur, pour Starck, ne peut être une question de matières : « L’homme n’a besoin de rien de matériel, seulement de capacité à aimer, d’intelligence, d’humour et d’éthique. »

La générosité de son activité, qu’il ne veut restreindre à aucun champ ni à aucune élite, nous révèle que derrière le créateur célébré, récompensé, médiatisé, se tient un homme aspirant au meilleur pour tous ses semblables.

La Reconnaissance

Figure majeure de la scène culturelle mondiale, exposé dans les plus grands musées (au Centre Pompidou, au Guggenheim et MoMA de New York et de Kyoto…), à l’avant-garde des préoccupations contemporaines d’environnement, de responsabilité, de service rendu, sujet de nombreux livres, sollicité fréquemment par les médias, professeur à la Domus Academy à Milan et à L'Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Paris, Philippe Starck est salué pour la singularité, la rigueur et la qualité de son travail. Aujourd’hui, son nom et le personnage appartiennent quasiment au domaine public, preuve en est la présence de sa statue de cire au mythique Musée Grévin à Paris. Pour tous, Philippe Starck incarne l’aspiration à une vie meilleure, hic et nunc, bien sûr, mais aussi pour demain.

Depuis sa consécration comme Officier des Arts et des Lettres en 1985 (puis comme Commandeur en 1998), Philippe Starck s’est vu honorer de plus d’une centaine de prix et décorations : la médaille de Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, en 2000, qui atteste une nouvelle fois de la reconnaissance de son pays.

Son rayonnement dépasse nos frontières : en témoignent le President’s Award de l’association britannique D&AD en 2006 et le Harvard Excellence in Design Award décerné par la prestigieuse université américaine en 1997.

Son parcours – et l’éloge du déplacement libéré des contraintes qui le sous-tend – a été consacré lorsqu’il accepte en 2008 le poste de Directeur Artistique de la Présidence Française de l’Union Européenne, puis, en 2009, celui d’Ambassadeur de la Créativité et de l’Innovation.

Il est sollicité sans relâche afin de partager son expérience, sa vision, aussi bien par des conférences internationales que par les firmes qui se reconnaissent dans son travail aux milles facettes, quand elles n’ont pas été inspirées par sa démarche de précurseur. Son expertise rayonne bien au-delà du monde du design. Il a tout simplement défini de nouveaux paradigmes pour notre existence.

La Transmission

« La vie ne vaut que par ce qu’elle vous a permis d’apprendre et par les occasions qu’elle offre de transmettre. » Philippe Starck

Son souci pour la démocratie, qu’elle touche à l’écologie ou à la créativité, se double d’un désir pédagogique, de mettre en avant l’intelligence, la créativité, les idées, dans tout ce qu’elles ont de plus fascinant. Ainsi, en juin 2009, il a initié et animé La Nuit des Idées sur Canal +, au cours de laquelle il a présenté la fameuse Ted Conference, pour démontrer que le bouillonnement des cerveaux concourt à notre bien vivre, notre bien être. Starck aime à rappeler la fameuse maxime de Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce aisément. »

Avec Futur par Starck, documentaire diffusé en juin 2013 sur Arte, le créateur invite cette fois à découvrir les hommes et les femmes qui inventent le monde de demain. Face à la caméra, Philippe Starck dialogue avec l'astronaute Jean-François Clervoy, l’économiste Jeremy Rifkin mais aussi des scientifiques et chercheurs du monde entier pour évoquer notre futur commun, ses enjeux éthiques, écologiques et économiques.

En réalité, Philippe Starck n’a de cesse de vouloir communiquer les idées. Fasciné par la science, et perpétuellement dans l’exploration, il se lance ainsi dans le projet de création du premier laboratoire de recherche fondamentale sur la pure créativité. Les scientifiques de plusieurs disciplines, qui sont réellement dans la création et non dans son application, travailleront à comprendre comment jaillit la créativité, et à partir de là comment elle pourrait être transmise, enseignée à tous ces gens qui ne se pensent pas créateurs, ou ne s’y autorisent pas, ou ne savent pas comment installer les conditions propices. « Je pense que chaque individu recèle en lui une potentialité créatrice, qu’il pourrait développer si on lui montre comment », résume Philippe Starck. C’est dans le même esprit qu’il envisage de constituer le plus grand cerveau jamais créé en fédérant les 220 millions de chômeurs pour les transformer en penseurs : « J’aimerais créer le plus grand think tank afin d’avoir un outil capable de répondre aux grandes priorités et aux grands enjeux de notre société. »

Pour la première fois, en 2012, Philippe Starck accepte de se livrer dans un livre d’entretien pour mieux, là encore, partager son existence. Avec Impression d’Ailleurs, cet esprit créatif toujours en avance sur son temps se révèle en vrai pudique, grand sentimental et génial intuitif. Car, comme pour tous ses projets, c’est avec une ambition de vérité qu’il appréhende ses échanges avec Gilles Vanderpooten, à l’initiative du projet.

Ayant toujours regardé de l’autre côté des étoiles et de l’horizon, après plus de trois décennies de créations, Starck tourne plus que jamais son regard vers l’avenir, ce destin qui nous rassemble, en stimulant les vocations, électrisant les esprits : ses gestes sont guidés par l’amour, l’insubmersible passion de son prochain et la résolution intacte de lui construire des lendemains heureux. Si Rimbaud pouvait écrire que « les aubes sont navrantes », Starck n’a pas renoncé à ce qu’elles nous émerveillent.

Par son engagement il souhaite aider sa tribu sentimentale à se replacer dans une perspective fondamentale : celle du progrès de notre humanité mutante au sein de l’univers. En montrant humblement l’exemple, il indique que nous avons tous une responsabilité afin de mériter d’exister : en honorant le lien qui nous unit, en faisant preuve d’invention, de courage, d’intelligence, de créativité, de responsabilité.

Les dates mentionnées sont les dates d’ouverture des lieux et de lancement des produits.